L’automutilation : Un trouble souvent découvert à l’école Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marie-France Bornais, Journal de Québec, le 14 mars 2010   
15-03-2010
jeunes_et_automutilation.jpgBien souvent, ce ne sont pas les jeunes qui consultent. Ce sont leurs proches qui interviennent via les ressources scolaires, le CLSC ou l’urgence.

« Notre expérience clinique montre que c’est à peu près jamais la personne concernée qui va en consultation. C’est souvent découvert dans un contexte scolaire. Par exemple, la copine s’en est rendu compte et en a parlé à la psychologue de l’école ou à la travailleuse sociale », dit le Dr Guy Tremblay, psychiatre au CHUQ.

Parfois, c’est la meilleure amie qui intervient, comme cette adolescente de 14 ans de Montréal qui a partagé son inquiétude à Tel-Jeunes. « Mon amie se mutile depuis peu. J’ai peur pour elle. Je sais qu’elle n’a pas une vie facile. Je ne sais pas quoi lui dire. J’ai beaucoup de pression sur mes épaules. »

D’autres jeunes demandent de l’aide lorsque leurs cicatrices commencent à paraître et qu’ils ne peuvent plus porter de vêtements à manches courtes. « J’essaie de ne pas le faire, car je ne veux pas que mon petit copain l’aperçoive », dit une autre adolescente.

Le jeune forcé à consulter n’a pas le sourire aux lèvres quand il se présente devant le médecin. « Il est en colère, trouve que ce n’est pas l’affaire des autres et qu’on viole son intimité. Se dévêtir pour montrer ses plaies au médecin est vécu comme une agression. Les jeunes amenés à l’urgence contre leur gré sont forcés de répondre à de multiples questions du type où, quand, pourquoi... », ajoute le Dr Tremblay.

C’est le cas de Jade, 16 ans, qui s’automutile depuis cinq ans et s’est adressée à Tel-Jeunes pour obtenir de l’aide. « Je suis perdue. Je ne veux pas consulter. Je me suis déjà fait envoyer à l’hôpital et ça m’a traumatisée. J’ai vraiment peur d’y retourner. S’ils trouvent qu’il y a un danger pour ma vie, j’ai peur qu’ils appellent mes parents et... Oh non! »

Ne pas banaliser

Le Dr Tremblay est convaincu que la plupart des phénomènes passent inaperçus et ne conduisent ni à des consultations en psychologie ni en psychiatrie.

D’après lui, il ne faut toutefois pas banaliser le geste, parfois indicateur des premiers symptômes d’une organisation de problèmes de personnalité, comme le trouble de personnalité limite ou borderline. Il s’agit d’une maladie mentale qui se démarque entre autres par ses humeurs changeantes et ses comportements auto-agressifs.

« L’automutilation prend un tournant fort important s’il s’associe à un autre problème et dure depuis des mois. Si c’est relié à une structure pathologique, on verra l’évolution du problème et évaluera si, dans l’histoire du patient, on a des éléments comme la baisse de rendement scolaire, l’isolement, la perte d’amis, la morosité, la tristesse et l’irritabilité. C’est ça qui fait qu’on doit pousser plus loin l’investigation. »
Dernière mise à jour : ( 15-03-2010 )
 


 
 
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